(PB : Pascal Bohn, PMP, PgMP)

(PLD : Pascal Le Deley, PMP, auteur de "Initiative101")

PB - Ton opuscule, est-ce une bouteille à la mer ?

PLD - J'ai été au chômage en 2002, comme beaucoup de collègues à l'occasion de l'éclatement de la bulle internet. J'ai alors repris le fil de ma carrière et j'ai cherché ce que je voulais vraiment faire. Et j'ai trouvé ceci : je veux qu'à mon enterrement, dix personnes défilent au micro et disent : "voilà, nous avons connu Pascal, nous avons travaillé avec lui et depuis, nous faisons ce qui nous est demandé avec moins d'énergie et de temps et nous investissons du temps et de l'énergie dans ce qui a du sens pour nous". C'est ce que je veux faire de ma vie professionnelle depuis lors.

J'ai écrit cet opuscule afin d'aider concrètement quiconque est face à un changement, à y consacrer l'énergie et le temps juste nécessaires et à le faire aboutir, le faire réussir.

PB - D'où vient-il, cet opuscule ?

PLD - En 2005, à la demande de deux groupes de collaborateurs, j'ai rédigé 70 pages sur des situations typiques de projet : on est en retard avant de commencer, personne ne vient à la réunion, les décisions prises sont remises en question, etc. J'ai partagé largement cet opuscule-là autour de moi et tous mes collègues l'ont trouvé pertinent, certains l'ont même enrichi.

En 2013, je rencontre les apprentis qualiticiens (Master 2 Professionnel Qualité et Analyse à l'Université Paris Est Créteil) et j'ai voulu reprendre mon opuscule de fond en combles : par quel bout prendre une initiative ? Comment s'y prendre pour réussir malgré les résistances au changement ?

PB - Beaucoup de changements échouent, pourtant.

PLD - Oui, et en même temps ce n'est pas une fatalité. Je propose une attitude d'artisan de changements collectifs, à commencer par définir le changement bénéfique à ma communauté.

PB-- Dans la partie crédo, tu affirmes beaucoup de choses. Si je ne partage pas tes affirmations, dois-je continuer à lire et pratiquer ton opuscule ?

PLD - C'est vrai, je viens de quelque part. Je trouve honnête de dire d'où je viens. Toutes mes croyances ne sont pas partagées.

C'est comme si je faisais visiter mon jardin. Les visiteurs pourraient imaginer que c'est venu en une saison, ces arbres, ces roses, mais non. Leur dire mon crédo, c'est comme leur mettre en main les outils que j'ai utilisés toutes les dernières saisons pour obtenir ce jardin-là, à eux de voir s'ils souhaitent utiliser les mêmes outils ou s'ils préfèrent en utiliser d'autres. Utiliser ses propres outils, c'est bien, et les connaître pour mieux les utiliser, c'est bien aussi. Je veux amener chacun à se dire à soi-même quels outils il/elle a, quelles croyances.

Des collègues plus expérimentés ont fertilisé ce jardin, des visiteurs l'ont trouvé utile : je partage ce que j'ai reçu, je mets à disposition du plus grand nombre ce que certains, dont moi-même, ont trouvé efficace. 

PB - Pourquoi parles-tu d'initiative ? Pourquoi pas de projet ou de changement, directement ?

PLD - C'est qu'un changement ou un projet commencent par être une initiative, comme un bébé commence par être un embryon. Tout se forme in utero et si tout s'y passe bien, le projet ou le changement devraient grandir harmonieusement.

PB - Tu poses la question : "quel sens ça a, ce qu'on me demande de faire ?"

PLD - Oui, la question "quel sens ça a ?" est pour moi centrale. Or, je crois que je peux amener un commanditaire à partager le sens que je donne à une initiative que je prends, et je crois aussi que je peux amener un commanditaire à réviser le sens qu'il donnait à une initiative qu'il prend en fonction de mes inputs. C'est un défi central, et je donne des moyens concrets de le relever.

PB - Alors, cet opuscule, livre ou cahier d'exercices ?

PLD - En fait, l'opuscule imprimé se veut un compagnon de route, un carnet de terrain : il y a le juste nécessaire pour faire les choses, pour les faire vraiment. Pour aller plus loin, il y a ce blog, avec des indexes qui facilitent la recherche. C'est simple, il faut juste le faire. C'est en faisant qu'on apprend et qu'on s'affûte. C'est même curieux, plus je fais, plus mes outils s'affûtent - beaucoup pourraient en témoigner.

PB - Finalement, en quoi ton opuscule est-il le juste nécessaire pour réaliser ce que tu veux vraiment faire ? Pourquoi cet opuscule plutôt qu'un allumeur de barbecue, qui lui aussi épargne du temps et des forces ?

PLD - Parce qu'il y a des changements partout et que, en réussissant un premier changement, nous trouvons d'autres changements à réaliser et à réussir. Je ne crois pas à des aboutissements où nous pourrions nous reposer sur nos lauriers. Je crois à la marche, au pas à pas, je crois que d'autres commencements succèdent aux premiers commencements, mais il nous faut réussir un commencement comme il nous faut réussir un pas pour marcher plus loin. Mon opuscule, c'est ça : aider à réussir ce pas-là et les autres à venir, les uns après les autres, sur le chemin propre à chacun.