Accompagner un changement - travailler l'habileté

11 octobre 2020

20 façons d'aborder une situation de conflit entre personnes

Exemple : un surveillant et un collégien ont une altercation. Le père du collégien en appelle à la Direction du collège. Deux copains témoignent pour leur camarade.

Approche systémique : parent <-> enfant <-> copains <-> surveillant <-> collègues <-> CPE <-> Direction du collège. 7 acteurs ou groupes d’acteurs, 21 relations entre eux où ils jouent antagonismes et collaboration.
Approche acteur et système : chacun vit au sein du système ses propres incertitudes, douloureusement renforcées par certains acteurs (d’où relations antagonistes) mais allégées voire résolues par d’autres acteurs (d’où relations de collaboration, de complicité).
Approche relation et pouvoir : un acteur sait qu’il a du pouvoir lorsqu’il fait faire quelque chose à un autre acteur que ce dernier n’aurait pas faite si le premier ne le lui avait pas demandée. 
Approche politique : la sécurité aux abords du collège est une affaire de politique locale, c’est à dire qu’elle relève du bien commun (sécurité des citoyens de la Cité) qui dépasse le bien privé (la liberté de jouer au ballon où l’on veut)
Approche groupes sociaux : les élèves contre les surveillants, un match biaisé : les élèves ne pourront gagner, ils le savent. D'où possible sentiment d'injustice. D’où des tentatives de gagner, à défaut de la guerre, une bataille (comme l’éviction d’un surveillant il y a deux ans).
Approche classes sociales : le surveillant est représentant d’une classe sociale (bourgeoisie, éducation supérieure) et le collégien d’une autre (xxx, yyy), c’est une lutte des classes en action.
Approche tribale : bienveillance dans les relations intra-groupe (les élèves entre eux se protègent, témoignages arrangeants avec la vérité et sécréteurs d’ocytocine ; la Direction du collège considère le surveillant comme étant de son groupe à elle, bienveillance également, et sécrétion d’ocytocine) ; détermination dans les relations inter-groupes (ton attitude déterminée à faire respecter l’ordre et la sécurité aux abords du collége, sécrétion d’adrénaline des deux côtés, du tien et de celui de l’élève, à qui ça donne le cran de s’opposer au surveillant adulte, « adversaire » ô combien impressionnant)  (lire le bouquin de Chris Peytier, riche à ce sujet : Efficacité et bien-être au travail grâce aux pratiques issues du Systema, Guy Trédaniel éditions, 2018).
Approche combat de boxe : le public comprend quelle est la violence de l’uppercut à la réaction de celui qui le reçoit ; si l’adversaire continue de trottiner et reste lui-même, l’adversaire ayant porté le coup est moins fort qu’il paraît
Approche psycho-sociale : le stress ambiant diminue les seuils de tolérance des individus, ils sont plus susceptibles de montrer des comportements non souhaitables : Covid-ambiance
Approche pédo-psychiatrique : l’adolescent est submergé par des torrents hormonaux, contrairement à l’intérieur du jeune adulte ayant atteint un équilibre hormonal
Approche communication non violente : la colère est un formidable sursaut d’énergie ; la colère exprime la protestation d’un besoin non respecté par le partenaire de relation, besoin à identifier (sécurité, respect, etc.) ; le collégien ne respectait pas le besoin personnel du surveillant, à savoir … (à identifier) et, n’ayant pu exprimer son besoin, le surveillant n’a pu exprimer sa demande - il en a exprimé une autre qui, par ailleurs, choquait le besoin du collégien également dépourvu de mots sur son propre besoin de … (à identifier).
Approche croissance personnelle : aller au contact de la réalité pour se préparer à d’autres relations dans le job que le surveillant désire, par exemple professeur au collège ; expérimentation pour croître personnellement
Approche psy (analyse) : cet épisode m’a confronté à mes obscurités et je cherche à identifier la racine en moi du comportement que je me suis vu adopter afin d’identifier à l’avance le survol de la zone chaude et de mieux réagir ("j’ai conscience, donc j’agis mieux », ce qui reste à mon humble avis à démontrer)
Approche psy (béhavioriste-comportementale) : j’essaie de modifier mon comportement en utilisant les ressources « béhavioristes » : la respiration (lire le bouquin de Chris Peytier, encore), des gestes d’ancrage, etc.
Approche auto-hypnose : je peux demander à mon inconscient de me prévenir lorsque je (personnellement) suis en danger et aussi de me laisser serein
lorsque je ne suis pas en danger (ainsi, à quel niveau de danger m’expose un collégien qui joue au ballon aux abords du collège ? mon inconscient le perçoit en dehors de toute verbalisation et m'informe)
Approche neuro-sciences : le Striatum que nous avons reçus de l’Evolution sécrète de la dopamine dans 5 situations, dont celle de pouvoir (Selon Sébastien BOHLER, voir interview https://www.franceinter.fr/emissions/co2-mon-amour/co2-mon-amour-09-mars-2019) . Jouer son pouvoir dans une relation nous fait secréter de la dopamine. Cocktail détonnant avec l’adrénaline.
Approche philosophique : la vérité est à rechercher au titre de la Sagesse, et en même temps c’est un effort. En effet, le commun des mortels n’a que faire de la vérité (de fait, le Striatum s’en fout, par exemple).
Approche religieuse : le fonds de chacun est vicié, nous avons besoin d’être sauvés, Dieu-Sauveur se préoccupe de chacun, à moi de demander humblement son aide.
Approche monastique : il nous faut nous exercer à mettre nos passions intérieures sous la coupe de notre volonté, c’est une ascèse de tous les jours, nous recherchons l’apatheia (curieusement, la traduction obvie de ce mot grec si prisé des higoumènes est « apathie » - ça ne fait pas envie…).
Approche mystique : le Malin est plus fort que moi, son kiff est que je me détruise - heureusement, le Sauveur est plus fort que le Malin ; à moi de choisir mon camp. Or, plutôt que de combattre moi-même le Malin, j’ai avantage à laisser le Sauveur combattre en moi à ma place, il me suffit d’être en relation avec le Sauveur à tout moment.
Autres approches...
Pour aller plus loin : Chris Peytier, 2018, Efficacité et bien-être au travail grâce aux pratiques issues du Systema, Guy Trédaniel éditions, 206 pages.

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20 janvier 2017

Génie ou travail ? qu'est-ce que je choisirais ?

A l'instant, je lis une partition de Josquin des Prez et je rêve depuis l'enfance de chanter cette pièce, le Miserere, dans un choeur où nous serions un ou deux par voix, pas plus.

Olivier l'a fait. J'ai chanté avec Olivier. Pas une grande voix, mais une grande fiabilité : Olivier travaille ses partitions comme il travaille sa voix, la Nature lui a donné l'intelligence, elle l'a oublié en voix. Pourtant, c'est Olivier qui a chanté du Josquin des Prez, donné des concerts, enregistré des disques, pas moi. Le travail opiniâtre, plus sûrement que le génie, a donné là un résultat probant.

En écrivant cette parole, a peu que le coeur ne me fend (François Villon). C'est qu'en ces temps-là, je pensais qu'absence de génie condamnait le travail à la stérilité. N'étant pas génial, j'arrêtai de travailler. Adieu, Josquin.

J'avais été ébloui par des génies dans leur genre (4 élèves en 30 ans de carrière, dit mon prof de piano). Devenus professeurs, incapables de dire comment ils réussissaient, ils étaient également incapables de comprendre comment l'élève ne réussissait pas. Piètres collègues.

Puis j'ai rencontré des maîtres sans génie évident, or, chacun savait expliquer comment faire et réussir. Tous comprenaient mes difficultés et m'aidaient efficacement à les surmonter. 

Dans la relation d'aide, mieux vaut un maître moyennement doué et bon pédagogue. Le plus grand nombre s'en porte mieux. Le progrès collectif s'en ressent plus clairement.

Ainsi, plus que du génie, nous avons besoin de pédagogie et de travail, il me semble. Qu'en dites-vous ?

Posté par RetourExperience à 17:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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