03 décembre 2016

Hors soutien du management, point d'utilisateur

Gérard dirige des projets dans l'automobile, des projets de conception et de réalisation de parties complexes d'un véhicule : le tableau de bord. Conversation avec son manageur :

Manageur : Félicitations pour ton projet, vous avez livré avec 114 jours d'avance sur le planning, contre 90 jours de retard en moyenne pour ce genre de projet. Comment avez-vous fait ?

Gérard : Le facteur-clé, c'est que l'équipe a utilisé l'application PDM (Product Development Management), tout simplement.

Note : L'application PDM en question est une base de données dans laquelle les concepteurs et les fabricants partagent les fichiers techniques des pièces fabriquées : conceptions 3D, dessins 2D, dossiers réglementaires, etc.

Manageur : Ah oui, c'est vrai, l'application PDM, c'est ton dada !

Gérard comprend que l'organisation considère l'application PDM comme une option, sans plus. De fait, parmi les collaborateurs ciblés, seuls 20% utilisent l'application PDM, les autres restent adeptes d'un tableur bien connu pour son excel-lence. 

Hélas, le projet d'une nouvelle version de l'application PDM suit le même chemin : un déploiement inspiré de la croyance "bonne application + bonne formation = bonne utilisation".

Le Modèle ADKAR® est non seulement opérationnel, il est prédictif. Commanditaires silencieux (conscience nulle), management juste informé (désir mou), donc : la nouvelle application restera le dada de certains, non le standard de tous.

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02 octobre 2016

Des boulots pour occuper les gens ?

David GRAEBER, auteur entre autres de "Dette : 5000 ans d'histoire" constate "l’hypertrophie du temps de travail qui veut que nous travaillons beaucoup pour des boulots dont une grande partie ne sert à rien d’autre qu’à occuper les gens". Je rapproche ça du constat de mes collègues informaticiens : entre 50 et 75% des applications informatiques que nous livrons sont inutilisées.

Qu'est-ce à dire ? En développant ces applications informatiques, en accomplissant ces projets, nous sommes-nous consacrés à des choses sans autre utilité que celle de nous occuper sainement ?

Si oui, alors poser la question de l'utilité d'une initiative avant d'en faire un projet est un problème. Comme est un problème de mesurer la différence qu'a faite une application informatique quelques mois après sa livraison. En effet, si nous renonçons à faire un projet parce qu'il est inutile, si nous montrons que 50% à 75% de nos livraisons sont inutiles, qu'adviendra-t-il de notre emploi ?

L'approche projet - ADKAR® promeut cette question initiale et cette revue post-démarrage. Et donc menace, d'une certaine façon, notre emploi. C'est ainsi que je m'explique la bonne foi de mon collègue informaticien dans une banque : jamais nous ne mesurons la différence qu'a faite un de nos projets.

En soi, les raisons sociales (le maintien de l'emploi) me paraissent légitimes. En même temps, le coût écologique de cette suractivité à haute technologie me semble démentiel.

Tout un système est à l'oeuvre. Il favorise les technologies les plus coûteuses et se pare d'écologie à la marge. Exemple : la HD, Haute Définition. Des mégapixels de clichés envoyés par des réseaux énormes sur ces serveurs colossaux dans des datacenters pharaoniques - mais refroidis de la plus écologique des façons. Tous les acteurs s'entendent et se renforcent les uns les autres. Les capacités croissent. Et l'utilité ?

Pour aider les gens à interroger leur modèle, il me semble qu'il faut aborder la question de l'emploi. Par exemple, qu'est-ce qui garantit que j'aurai un emploi si je quitte le bateau de la HD ? Ou celui du développement d'applications inutiles ?  Ou celui de l'accumulation d'informations superflues ? 

Est-ce la même situation pour la recherche de la Qualité ? Amis de Toyota, vous assortissez votre recherche Qualité par la promesse qu'il y aura toujours de problèmes, de toute façon, et donc aucun chômage pour ceux que passionne leur résolution.

Alors, que dire à ceux qui s'inquiètent et avouent : "nous voulons bien nous centrer sur l'utile au nom de l'écologie mais quid si nos emplois disparaissent ?"

Là, je sèche. Une idée ?